L'écriture et la langue, les choix valeureux et formidables d'ONLIT Editions

Dans le vaste continent des livres, rarissimes sont ceux qui créent un univers-langage aux pouvoirs de déracinement.
Ainsi parle Véronique Bergen lorsque, dans Le carnet et les instants, elle évoque ce livre qui ne ressemble à aucun autre, Poney flottant d'Isabelle Wéry, long monologue d'une romancière à succès qui se réveille d'un coma et entreprend d'écrire mentalement ses jeunes années. Enfant en peine de croissance dans une Angleterre fantasmée, elle dit un texte ébouriffant, déjanté, audacieux, qui explose d'inventivité narrative.
On peut en dire autant du propre livre de Véronique Bergen, Tous doivent être sauvés ou aucun, roman polymorphe, roman charnière sûrement, ouverture sur un nouveau monde où le centre n'est plus l'humain, mais celui qui jusqu'à présent n'a pas eu la parole. Ici c'est le chien, quelques chiens qui ont traversé l'histoire et qui, témoins d'un monde qui demain ne sera peut-être plus, la racontent dans une écriture messagère d'un possible effondrement. C'est étonnant, c'est détonant.
Et puis, il y a toujours la poésie de la langue. C'est le ton adopté par Véronique Janzyk dans La robe de nuit, celle que porte sa mère sur son lit d'hôpital, façon de raconter les liens fragiles qui les unissent, dans une scansion qui prête à une lecture à voix haute.
Ce n'est pas rien d'être éditeur aujourd'hui, lorsqu'on porte des voix nouvelles.

 

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